Syndrome de noé : quand le héros des animaux devient leur bourreau


Qu’il s’agisse d’un chien, d’un chat, d’un lapin… adopter un animal de compagnie est une expérience formidable et réellement enrichissante. De plus, la présence d’animaux domestiques chez soi apporte beaucoup de bonheur et de joie. En effet, ces petits compagnons égayent le quotidien, diminuent le stress et surtout ils sont d’indéniables antidotes à la solitude. Et puis, un animal de compagnie, c’est toujours moins de stress et beaucoup de câlins, de papouilles et de léchouilles. On peut dès lors comprendre que beaucoup ne se contentent pas d’en posséder un seul, mais deux ou trois. En revanche, au-delà de ces chiffres plus que raisonnables, il se peut qu’il s’agisse d’un besoin maladif d’accumuler des animaux. C’est ce que l’on appelle communément le syndrome de Noé. Zoom sur cette pathologie pour le moins étonnante.

Syndrome de Noé : kézako ?

On vous a certainement déjà raconté le récit de l’arche de Noé. Ce bateau titanesque construit par Noé pour survivre à un déluge apocalyptique. Pour l’histoire, Noé, sur ordre divin, construit une arche pour lui et sa famille. Ceci afin de survivre au déluge visant à exterminer toute forme de vie sur Terre. Dans le même temps, Dieu lui ordonne également de recueillir dans son arche deux spécimens de chaque espèce animale. Cela afin de repeupler la planète après le Déluge.

En psychologie, ce charmant personnage biblique a donné son illustre nom à une pathologie, le « syndrome de Noé ». Tiré de l’anglais « animal hoarding » ou « accumulation d’animaux » en français, le syndrome de Noé se caractérise par l’accumulation démesurée et compulsive d’un nombre important d’animaux d’une ou plusieurs espèces distinctes. Et cela sans avoir les moyens tant en argent qu’en espace, de les assumer et de répondre à leurs besoins. Mais aussi, d’assurer leur bien être animal. Ce comportement aujourd’hui considéré comme une forme de maltraitance est rattaché aux troubles obsessionnels compulsifs (TOC) selon la classification de l’Association américaine de psychiatrie.

Pour rester dans la métaphore du personnage biblique, on peut alors dire que ce Noé moderne s’entoure des dizaines voire des centaines d’animaux de toutes les espèces qu’il croit sauver du chaos du monde extérieur. Il recueille ainsi, des animaux au nombre sans cesse croissant et transforme sa demeure en véritable refuge ou en élevage.

Les symptômes du syndrome de Noé

Touchant majoritairement les femmes (plus de 70 % des cas) âgées de plus de 60 ans, le syndrome de Noé se manifeste par un florilège de signes cliniques. Tout d’abord, le malade ou l’hoarder convaincu d’être investi d’un sacerdoce pour sauver les animaux souffre d’un véritable syndrome du sauveur. En effet, il  ne supporte pas l’idée qu’un animal puisse être maltraité ou abandonné. Mais surtout, il ressent le besoin frénétique de sauver toutes les âmes esseulées qu’il croise sur son chemin. Résultat : il va accumuler inconsciemment un nombre insensé d’animaux dans sa demeure. Alors que ce dernier ne dispose pas des ressources nécessaires. Non seulement pour entretenir son arche de Noé mais aussi pour assurer un entretien correct à ces animaux. Ainsi que pour leur procurer les soins nécessaires à leur bien être animal.

Ensuite, l’individu souffre d’un trouble de l’attachement et éprouve un amour inconditionnel pour ses animaux. Souvent, il peut même anthropomorphiser ces derniers en les considérant comme ses enfants de substitution. Ainsi, il se retrouve dans l’incapacité de s’en séparer et refuse tout bonnement de les laisser rejoindre un centre d’accueil plus apte à s’en occuper correctement.

D’ailleurs, croyant réellement qu’il a un don pour communiquer avec les animaux et qu’il est le seul à savoir écouter les besoins de ces derniers, l’hoarder rejette très souvent l’aide des autres et est incapable d’accepter les critiques.

Pire, cette croyance de savoir écouter les animaux ainsi que l’incapacité d’accepter les critiques et l’aide des autres causent souvent dans un oubli de la réalité et un déni des souffrances subies par les animaux. Enfin, l’hoarder se repli sur lui-même et souffre d’un isolement social avéré. En effet, la plupart du temps le malade reste confiné chez lui avec ces animaux.

Conséquences sur les animaux victimes

Loin d’être un trouble psychologique anodin, le syndrome de Noé a des répercussions désastreuses sur le bien être animal. Parfois, il peut même mettre en danger la vie des animaux. En effet, bien que l’hoarder refusera farouchement d’être responsable de la souffrance de ces bêtes qu’ils séquestrent, trop nombreux, ces derniers se retrouvent confinés dans un même espace insalubre.

D’ailleurs, l’hygiène déplorable de leur habitation peut provoquer des infections ou des maladies. D’autant plus que le malade par manque de moyen ne pourra pas leur assurer les soins adéquats. Ce qui signifie aussi l’absence de vaccin ou de stérilisation. Parasités et malades, les animaux se contaminent ainsi, mutuellement, et meurent pour la plupart prématurément. D’ailleurs, dans 80 % des cas, les animaux une fois sauvés de leur bourreau sont si mal en point qu’ils doivent être euthanasiés.

Et ce n’est pas tout ! Comme l’hoarder est incapable de fournir à ses pensionnaires une alimentation saine et suffisante, la famine est fréquente et souvent les animaux meurent de faim.

Que faire ? Comment agir ?

Malheureusement, même si le syndrome de Noé est aujourd’hui considéré comme un trouble psychologique causant énormément de souffrance animale et peut être même bien plus que tous les actes de cruauté volontaires réunis. Il n’existe pas encore à ce jour de réelles solutions qui permettent de prendre en charge cette pathologie.

En effet, les traitements sont à l’heure actuelle, les mêmes que pour les autres accumulations compulsives pathologiques. Or, ceux-ci ne fonctionnent que très rarement et peuvent même parfois, faire plus de mal que de bien. D’ailleurs, une récente étude affirme qu’une intervention inadéquate peut entraîner dans quasiment 100 % des cas une récidive. Pire encore, le malade une fois séparé de ses animaux peut entrer dans une forme de dépression sévère et intenter à sa vie.

Néanmoins,le suivi d’un psychologue et/ou psychiatre peut être une solution envisageable pour apprendre au malade à accepter les critiques, à ne pas s’isoler ainsi qu’à savoir écouter ses propres besoins et y répondre sans avoir besoin de les compenser par l’adoption d’animaux.

Dans tous les cas, il est du devoir de chacun d’éduquer et sensibiliser son entourage à cette maladie. Tout simplement parce qu’en prenant conscience de l’existence de cette pathologie, on peut facilement se prendre en main dès l’apparition des premiers symptômes et arrêter les dérives avant d’arriver à une situation problématique. Aussi, il est important de comprendre que bien que les animaux contribuent à votre bien-être, il faut apprendre à se fixer des limites pour ne pas tomber dans ce syndrome de Noé.

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Ingénieur de formation, Mathieu Vénisse décide, en février 2012, de changer de vie. Il crée Penser-et-Agir.fr, le site sur lequel il développe son approche innovante du développement personnel baptisée "Le développement personnel par l'Action".Aujourd'hui, Penser et Agir est reconnu comme étant le blog leader sur la thématique du changement de vie avec plus de 400 000 visiteurs par mois, plus de 60 000 abonnés à la newsletter et plus de 3 000 personnes qui ont déjà fait confiance à Mathieu et suivi ses formations en ligne.Vous souhaitez aller plus loin ? Découvrez le livre, les formations vidéo en ligne et les séances audio d'auto-hypnose amplifiée« Parce qu'un seul choix peut tout changer... » - Mathieu Vénisse

Comments

  1. Moi  août 3, 2019

    Il est souvent question des mauvaises conditions des animaux dans les articles qui traitent du syndrome de Noé mais leurs « priopriaitaires » sont malades et malheureux, par conséquent c’est à eux qu’il faut venir en aide en premier lieu.
    La tâche est compliquée dans la mesure où l’aide ne doit pas être considérée par le « malade » comme une « caution » ou un « encouragement » qui le conforterait dans la poursuite de ses actions.
    J’ai mlheureusement était confrontée à une situation similaire où la personne dont j’etais tombée amoureuse est restée dans le dénie, me cachant certaines situations telles que des naissances qui aggravaient la situation.
    J’ai été totalement démunie face à l’ampleur de la situation et j’ai pris la douloureuse décision de partir..
    mon aide se « limitait » à une aide financière et quelques week end de « corvées » pour tenter de la soulager.
    Tous ces efforts ne l’ont pas aidé et j’ai peut être contribuer à la persuader que la situation n’était pas si compliquée que cela alors qu’elle l’était au plus haut point.
    C’est quand elle s’est obstinée à le dire et le croire que j’ai petit à petit pris la décision de me « retirer »
    J’en veux aux personnes « bienveillantes » qui part leurs belles paroles, leur « admiration » l’encouragent et finalement l’enfoncent toujours plus loin..
    j’ai mal de la savoir dans cette situation mais j’ai préféré me protéger moi.
    Tous les conseils que je pouvais lui donner était pris comme une agression.
    1 ou 2 fois elle a sentie que la situation pouvait nous séparer et elle m’a laissé croire qu’elle allait prendre les choses en main mais, le quotidien reprenait son cours et les excuses se multipliaient.
    Elle a même fait appel à des associations pour lui venir en aide mais les rdv se faisaient en dehors de ma présence.. elle me laisser croire que des solutions allaient se mettre en place mais les jours, les semaines passaient pour finalement dire que ces gens étaient des incapables et qu’elles ne pouvait compter sur personne..
    En résumé, il est difficile d’aider quelqu’un qui nie en avoir besoin.

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    • Mathieu  août 7, 2019

      Bonjour,

      Merci pour votre commentaire.

      Je vous suis reconnaissant de votre témoignage, c’est très intéressant 🙂

      A très bientôt sur Penser et Agir,
      Mathieu.

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